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Se ressaisir. Enquête autobiographique d'une transfuge de classe féministe - R-M. Lagrave

Se ressaisir : Enquête autobiographique d'une transfuge de classe féministe

Lagrave, Rose-Marie
la Découverte
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Elle a passé sa vie entière à analyser le monde qui l’entoure. A l’aune de ses 76 ans, Rose-Marie Lagrave se lance dans un exercice périlleux : elle s’auto-étudie avec les outils de la sociologie, sa matière de référence.

Pour remonter le fil de l’histoire familiale, la sociologue fouille dans les archives et recueille, lors de longs entretiens, les propos de ses frères et sœurs. Au sortir de l'après-guerre, la famille est pauvre et vit dans la campagne normande. L'ambiance est au catholicisme rigoureux et à la culture du travail, le père transmet à ses enfants le goût de la littérature. C'est ce cadre-là qui a permis à Rose-Marie de s'émanciper. L'école ici n'est qu'un moyen posé sur un environnement propice, à défaut d'être un ascenseur social. 
La sororité a beaucoup joué dans le parcours de la famille ; les grandes sœurs hébergent les plus petites et chacune entraîne l'autre dans sa progression. Rose-Marie ausculte ensuite avec précision ses premières années à la Sorbonne - elle y croise Françoise Héritier et Michelle Perrot -, elle revient sur son évolution féministe et ses années de directrice d’études à l’EHESS. Elle n'a de cesse de s'interroger et de confronter les évènements avec lucidité, acuité et rigueur ; sa mise à distance impressionne. Dans les derniers chapitres, elle questionne le fait de vieillir femme.

Les trajectoires de transfuges de classes ont souvent été racontées par des hommes. Rose-Marie Lagrave revendique parfaitement cette filiation et se met dans les pas de Pierre Bourdieu, Didier Eribon ou Edouard Louis. Les femmes sont moins nombreuses, à l’exception d’Annie Ernaux à laquelle l’auteure se réfère souvent. En racontant son parcours de transfuge de classe féministe, elle remet en cause les dominations, qu’elles soient de classe ou de genre. Enfin, elle tient particulièrement à déconstruire la notion de méritocratie qu' elle associe à un mépris de classe supplémentaire.  

A présent que le mérite est devenu une donnée managériale et une récompense honorifique, je me déclare non méritante, n'en déplaise à certains jugements m'affublant encore de ce qualificatif. L'usage de terme de méritant, réservé à celles et ceux originaires de classes sociales défavorisées, masque en réalité un mépris de classe qui vous renvoie directement à vos origines. 

Un essai vivifiant et d'une grande richesse, un parcours qui ne laisse pas indifférent et qui invite à se ressaisir ! Brillant.

 

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