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Sous le paréo
une histoire de maillot

Baigneuses - scènes_de_plage

Voilà l’été ! Plage ou piscine, lac de montagne ou rivière cachée, dans votre maillot de bain il faudra vous glisser ! Ce rituel estival, parfois redouté, est le fruit de toute une histoire.

Cette pièce de votre dressing est un témoin privilégié de l’évolution de la société aussi bien que de la mode depuis plus de 100 ans. Parce qu’il touche le corps au plus près, ce petit morceau d’étoffe est à la fois objet de scandale, parure mythique ou accessoire de mode. Que vous soyez adepte du maillot une pièce ou du bikini minimaliste, plongez dans l’histoire du maillot de bain et de l’affranchissement du corps.

La mer bienfaisante

Impossible de dissocier l’histoire du maillot de bain de celle de la conquête des bords de mer. Durant Les années 1840-1914 les riches estivants gagnent les rives normandes et bretonnes, entre pudeur et utilité. A cette époque, les bains de mer étaient préconisés à des fins thérapeutiques. Seule l’aristocratie se déploie sur les côtes de sable fin, à Deauville, Cabourg, Dinard ou St Malo pour des immersions bienfaisantes et toniques. Dans 80 cm d’eau, ce n’est pas encore le grand bain, des zones de baignade sont délimitées selon le sexe. On se rend aux bains de mer avec une cabine à roulette ou une chaise à porteur façon cure thermale. Le rituel est donc lourd et contraignant, tout comme le costume !

Le costume de bain est alors l’adaptation des vêtements du quotidien. On oscille entre vêtements et sous-vêtements. Très vite la robe de ville, peu pratique, est abandonnée par les dames pour laisser place à un costume de bain regroupant pas moins de 6 pièces. La petite robe de flanelle, le corset, le pantalon bouffant, les bas et la charlotte recouvrent lourdement le corps des baigneuses.  Le tout est confectionné dans des couleurs sombres : marine, noir, gris et taillé dans des matières lourdes : laine, flanelle, gros tulle. Souvent agrémentées de dentelles, de galons et autres cols marins, 5 mètres de tissu sur 1.20 m de large sont nécessaires à la fabrication de ces tenues balnéaires jusqu’aux années 1914. Ainsi, la nudité n’a pas sa place et la natation non plus, sous peine de couler à pic ! Même les hommes sont couverts, bien que plus légèrement équipés, les manches des tuniques et les jambes de pantalons restent longues, et la tenue austère.


L’invention de la plage

L’histoire du maillot de bain est indissociable de la libération du corps et de sa représentation. Dans les années 20, la Rivièra française se développe, et la mode des bains de soleil fait son apparition. Entre mondanités et compétitions sportives, la Côte d’Azur, huppée et dynamique, entre de plein pied dans la modernité. Elle devient le haut lieu de l’exultation des corps.

Le mythe veut que ce soit Mademoiselle Coco Chanel qui ait la première lancé la mode du visage hâlé. En 1915, la peau brunie stigmatise les classes ouvrières et paysannes qui travaillent au grand air, les bourgeoises cultivent plutôt un teint de porcelaine sous l’ombrelle. Nous voici à la veille d’une mode que les classes populaires, grâce aux congés payés, vont développer plus encore.

Sous le soleil exactement

Plus on veut bronzer, plus le maillot doit être petit. En 1932, Jacques Heim crée un maillot deux- pièces « Atome » mais qui ne dévoile pas le nombril. On avance prudemment ! Les années 40 représentent un tournant dans l’histoire de maillot de bain. La plage devient un lieu de vacances privilégié où l’intensité du hâle est le gage de vacances réussies.

Le maillot une-pièce à effet gainant qui étrangle la taille et la culotte haute vont laisser place à un rival de taille malgré ses mensurations réduites. Créé par Louis Réard, ingénieur automobile français, ce nouveau deux-pièces baptisé « Bikini » fait référence à l’île où ont eu lieu les premiers essais nucléaires américains, et d’après son auteur, cette création est « une bombe anatomique ». Certains pays n’hésitent pas à interdire le bikini, offensés par tant d’impudique frivolité.


Tout petit Bikini

Durant les années 60 le bikini est sur toutes les plages. Impudique et sexy, les différentes icônes féminines qui l’ont adopté ont marqué l’imagerie populaire depuis des décennies. On retient bien sûr le classique bikini de Brigitte Bardot dans « Et Dieu créa la femme », et le non moins mythique deux-pièces d’Ursula Andress dans le film « James Bond contre Docteur No ». Les courbes généreuses des starlettes de l’époque vont peu à peu laisser place à des mannequins à la silhouette androgynes durant les années 70. Ces icônes à la plastique parfaite, largement diffusées sur papier glacé, influencent le regard que l’on porte sur son corps et sur une sorte d’idéal à atteindre. Gare aux complexes si l’on n’y parvient pas !

Le corps féminin ainsi exposé aux regards et couvert par le strict minimum, déjà enjeu social, devient une cible marketing. Ce fameux bikini pensé pour libérer le corps des femmes et symbole de leur émancipation, est aussi vu comme un moyen d’hyper sexualisation et de diktat dans la recherche du corps parfait.

C’est ainsi que depuis plus 70 ans le bikini est décliné à l’infini dans ses formes, ses couleurs, ses matières. L’indétrônable deux-pièces à géométrie variable s’adapte aux canons de chaque décennie. Parfois chahuté par quelques adeptes du monokini ou autres strings, l’histoire du maillot de bain illustre à lui seul l’évolution accéléré des mœurs du XXe siècle.