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Calligraphie et musique
Spectacle musical par Yvan Knorst et Setsuhi Shiraishi - Médiathèque de Mably

Mercredi 6 novembre 2019
à 19h

La caligraphie de Setsuhi Shiraishi vient sublimer la musique de Yvan Knorst

© Setsuhi Shiraishi

La tournée de la calligraphe renommée Setsuhi Shiraishi associée au guitariste voyageur Yvan Yorst, aux collaborations multiples (John McLaughlin, Marc Ribot,…) passait le 6 novembre à la Médiathèque de Roannais agglomération - Mably. Sous les yeux attentifs des spectateurs s’est jouée la rencontre de deux univers : un art traditionnel japonais, le shôdô - la « Voie de l’écriture - et la musique improvisée. Une expérience esthétique d’une rare intensité.

Un rituel captivant

Un grand rouleau de papier blanc filigrané (« hanshi ») disposé sur un tapi de feutrine sombre (« shitajiki »), des pinceaux (« fudes ») à manches en bois de différentes longueurs et à pointes de formes et épaisseurs variées, une feuille charbonneuse suspendue verticalement, des encres noir- profond, argent, or aux textures soigneusement préparées par la calligraphe dans des bols en raku, des vases de verre disposés tout autour du papier… Les préparatifs de l’exercice du shôdô sont en eux-mêmes un véritable rituel.

19h, le public installé en nombre sur des chaises disposées à proximité, est déjà captivé par cette scène. Les rayonnages de la Médiathèque basculent dans l’obscurité, la lumière ne se pose plus que sur l’espace entourant la feuille de papier, délimité verticalement par l’imposant métier de passementerie. Setsuhi Shiraishi, en kimono noir orné de motifs floraux noué à la taille par une somptueuse ceinture assortie, entre, suivie du guitariste rennais Yvan Knorst. Il introduit la soirée de quelques mots doucement posés :

C’est une improvisation totale qui va se jouer ce soir ici. Aucune de nos performances n’est identique à la précédente.

Une véritable symbiose

Après quelques instants de silence, des notes évoquant une mélodie hispanisante s’élèvent de la guitare. Affleurements, frottements des cordes, sons feutrés. En réponse, des gestes posés, amples ; les pinceaux de Setsuhi s’animent lentement, déposent délicatement quelques tracés noirs épurés sur la feuille. En chaussettes de dentelles, l’artiste semble évoluer au ralenti.

Quand la guitare improvise des motifs plus rythmiques, plus percussifs, la calligraphe change de pinceau, le trait noir s’épaissi sous forme de ponctuations. Suivant un tempo plus pressant, qui se fait presque « jazzy », le trait, bien que plus vigoureux, paraît toujours animé d’un flux naturel. Des gouttes, des superpositions de matière plus ou moins dense apparaissent vers le bord inférieur de la feuille.

La caligraphie de Setsuhi Shiraishi vient sublimer la musique de Yvan Knorst

© Yvan Knorst et Setsuhi Shiraishi

La caligraphie de Setsuhi Shiraishi vient sublimer la musique de Yvan Knorst

© Setsuhi Shiraishi

Les pigments éclatants de l’or, puis de l’argent prolongent ensuite le noir sur la « toile ». Un pinceau gorgé d’eau dilue l’encre par endroits, ce lavis créant des effets de transparence. Yvan Knosrt suit intensément du regard les évolutions de la calligraphe. Son jeu se nourrit de ce que ses yeux perçoivent. Sa guitare acoustique aux belles nervures possède une table construite avec un bois provenant d’un noyer de son jardin, renforcée pour supporter les champs électromagnétiques d’un résonateur « Ebow ». Des harmonies aussi insolites qu’apaisantes se diffusent alors comme des volutes sonores. L’inspiration réciproque, l’interaction, la symbiose est complète entre les deux artistes.

« Outrenoir » et signature rouge

Sur le papier noir vertical, les motifs fluides de peinture noire évoquent « l’Outrenoir », « la lumière par le noir » de Pierre Soulages, à l’honneur l’année de son centenaire.

Agenouillée en position traditionnelle « seiza », la signature de la shodōka clôt la performance. Son emplacement est soigneusement choisi sur la feuille. Elle est apposée au tampon (« hanko ») trempé dans une pâte vermillon à base de pigment minéral. On dit que ce geste engage la réputation d’un calligraphe, qu’il ne signe que s’il juge son œuvre à la hauteur.

Un art codifié à dimension philosophique

Lors d’un temps  d’échanges avec le public, Yvan Knosrt précise que la performance d’improvisation s’est déroulée sous le signe de la philosophie zen. Comme le courant d’une rivière tout est en perpétuel mouvement, change d’instant en en instant, rien n’est permanent, stable, figé. Il précise : -« si je jouais la même chose que la fois précédente, Setsuhi ne commencerait pas à calligraphier ».

Evoluant à la frontière de la peinture, détachée de la fonction utilitaire de communication écrite, la calligraphie demeure l’une des formes d’art ancestral encore actuellement largement pratiqué au Japon. Le shodō est très codifié ; dans les positions corporelles, les déplacements, tout facilite une concentration maximale. 

Pourtant une certaine émancipation par rapport à la tradition a eu lieu ce soir : l’emploi de couleurs métalliques (qu’elle utilise dans ses créations hors du Japon exclusivement), l’abstraction des traits, la symbiose avec la musique : il s’agit de néo-calligraphie.

Cette soirée Calligraphie et musique a été une expérience intense, d’une poésie rare, où les notes et le pinceau se sont mis « au service de la beauté et de l’intensité du moment présent ».

La caligraphie de Setsuhi Shiraishi vient sublimer la musique de Yvan Knorst

© Yvan Knorst et Setsuhi Shiraishi

 

Concerts / Spectacles
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